Fergus Kelly / David Lacy – Magnetic North
(FR//EN)

Aussi étrange que cela puisse paraître, ayant lu le descriptif de l’œuvre sur la page Bandcamp du label, j’étais naturellement sceptique mais à la fois confiant sur le devenir d’un roulement de caisse claire qui s’étend dans la largeur.
Scepticisme partiel, de mauvaise foi, vite anéanti puisque ce roulement, d’une infinie variété dans ses rebonds, sa dynamique et son volume, dont le son croustillant et l’exécution sans failles va et vient et nous devient familier de la plus belle des façons.
Parfois je prends des notes pendant l’écoute pour construire mes chroniques, mais pour celle ci, je n’ai pu faire autrement que de savourer la pièce et d’en tirer des impressions émues, sans digestion, une fois celle ci terminée.
Tant de délicatesse
Confiant, car, cela dit, je commence à être familier à l’esthétique de Forth Evil Fruit, et cela rajoute à la notion contrastée, puisque, ayant baigné dans des musiques violentes et maximalistes pendant longtemps, l’ayant parfois subi, je me retrouve dans toute une mer de satisfaction auditive lorsque des oeuvres me surprennent, à la fois par leur substance intrinsèque, et d’un point de vue personnel, par ma propre capacité à les apprécier pleinement.
La qualité d’enregistrement, l’ingénierie, magnifiques, ne viennent pas gâcher le tableau, et il m’a semblé que la construction, dans sa progression, est de plus en plus rituelle, laissant l’instrumentation évoluer vers une prépondérance des gongs, et, presque piquante à la fin, celle ci offre une gestion du silence et du son, dans tout leur contraste, qui rend l’oeuvre puissante sans même dépasser un seuil de volume qu’on pourrait croire nécéssaire pour se sentir envahi par la musique.
Ici tout est mesuré, maitrisé, d’un naturel éclatant, ce qui rend l’œuvre véridique sans donner une impression d’effort. Le silence est alors aussi exquis que le son lorsqu’ils se tutoient, et c’est là le témoin de l’intelligence, et d’une sensibilité que je vois pudique de la part de créateur et interprètes.
Sceptique donc, peut être, ou pas, en tout cas le plaisir est décuplé lorsque ma sensibilité se trouve bousculée de manière inversée, et que cette puissance vient me hanter et m’émouvoir tranquillement, là où des oeuvres plus brutales peuvent flatter les désirs -parfois- vulgaires d’en prendre plein les oreilles.
Je sors de l’écoute stimulé, inspiré, et la teinte globale, même si on touche à l’étrange, garde une certaine positivité par l’harmonie qui apparait dans ses drones, ses textures électroniques bien dosées, et l’œuvre s’en trouve grandie, tire vers une linéarité toute relative, constituée de vagues lentes dans lesquelles on peut s’immerger et s’abandonner, sans perdre confiance dans la direction dans laquelle nos amis nous emmènent.
Une chronique synthèse donc, qui vient humblement tracer le croquis d’un ressenti tenace provoqué par cette piece qui malgré sa longueur échappe brillamment à l’ennui.
As strange as it may sound, when I read the description of the piece on the label’s Bandcamp page, I was naturally skeptical but confident at the same time about the future of a snare drum roll that stretches out for a long time.
Partial skepticism, in bad faith, quickly wiped out as this roll, with infinite variety in its rebounds, dynamics and volume, whose crisp sound and flawless execution, comes and goes and gets familiar to us in the most beautiful way.
Sometimes I take notes while listening to build up my reviews, but for this one, I could not help but savor the piece and draw from it emotional impressions, undigested, once it was over.
So much delicacy
Confident, because, that said, I am starting to be familiar with Forth Evil Fruit’s aesthetics, and this adds to the contrasting notion, since, I’ve been bathed in violent and maximalist music for a long time, sometimes suffered it, and I find myself in a whole sea of aural satisfaction when works surprise me, both by their intrinsic substance, and from a personal point of view, by my own capacity to appreciate them fully.
The recording quality, the engineering, magnificent, do not spoil the picture, and it seemed to me that the construction, in its progression, is more and more ritualistic, and lets the instrumentation evolve towards an emphasis on gongs. Almost prickly at the end, it offers a stellar and fine – tuned combination of silence and sound . In all their contrast, they make the piece powerful without even exceeding a threshold of volume which one could believe necessary to feel invaded by the music.
Here everything is measured, mastered, with a brilliant naturalness, which makes the work effortlessly true. The silence is then as exquisite as the sound when they are close, and it is the witness of intelligence, and sensibility that I see modest on behalf of creator and interpreters.
Skeptical then, maybe, or not. In any case the pleasure is multiplied tenfold when my sensibility, is jostled in a reversed way, and that this soft power comes to haunt and move me quietly, where more brutal works can flatter – sometimes - vulgar desires to take full ears of it.
I left the listening stimulated, inspired, and the global tint, even eerie, keeps a certain positivity in the harmony that appears in its drones and Its perfectly dosed electronic textures. It all enhances the work which pulls towards a relative linearity, constituted of slow waves in which we can immerse and abandon ourselves, without losing confidence in the direction our friends take us.
A personal synthesis, that comes humbly to draw the sketch of a persistent feeling this piece undeniably arouses. In spite of its length, it brilliantly escapes boredom.
Bastien
